Le système de retraite suisse se retrouve dans le 2ème quartile au niveau mondial. Vraiment ?

Dans leur dernier rapport « Global Pension Index 2020[1] », Mercer et le CFA Institute évaluent 39 systèmes de retraite à travers le monde selon trois grands critères : l’adéquation par rapport à la aux besoins spécifiques de la population, sa pérennité, et sa bonne gouvernance. Avec 67.0 points, la Suisse se classe au 12ème rang et obtient la note B, loin des deux champions hors catégorie que sont les Pays-Bas (82.6 points) et le Danemark (81.4 points) qui obtiennent la meilleure note, A.

Mais derrière tout classement il y a une méthodologie, et lorsqu’on examine plus près la situation de la Suisse, force est de constater que certaines de ses spécificités expliquent en grande partie les résultats obtenus. A titre d’illustration, prenons les cinq points d’amélioration de notre système que proposent les auteurs :

  • Obligation de prendre au moins une partie de l’avoir de retraite sous forme de rente ;
  • Augmentation progressive de l’âge de la retraite ;
  • Réduction du niveau d’endettement par ménage ;
  • Augmentation du ratio des propriétaires vs. locataires ;
  • Réduction des droits de toucher aux avoirs de prévoyance avant la retraite.

Pour le premier point, il semble aujourd’hui peu pertinent, car encore près de la moitié des retraité-e-s choisissent la rente[2]. Si les caisses de pension souhaiteraient certainement que cette proportion soit plus basse, la tendance vers le retrait partiel, voire total de l’avoir de prévoyance en capital progresse lentement mais sûrement en raison de la baisse continue des taux de conversion.

Le second point est indiscutable, et il est à l’agenda des autorités politiques.

Les troisièmes et quatrièmes points sont liés. La Suisse a le plus haut taux d’endettement des ménages au monde[3], mais cela n’étonne personne qui vit dans notre pays. Les suissesses et les suisses ne sont pas des sur-consommateurs maladifs cumulant les cartes de crédit. L’endettement provient bien entendu des hypothèques détenues par les propriétaires qui, en raison des prix de l’immobilier résidentiel, sont très élevées en comparaison internationale. Or, en raison des taux d’intérêt très bas et de la déductibilité fiscale des dettes privées, il est tout à fait rationnel pour un propriétaire de ne pas amortir son hypothèque de 1er rang[4].

Il faut également mettre en regard le taux d’épargne, et là qu’est-ce que l’on constate ? Que la Suisse est là aussi la championne du monde ! Sur un classement de 22 pays établi par Statista[5], le taux d’épargne des ménages suisses atteint 17.6% du revenu disponible en 2019, devant la Suède (17.1%). Selon un autre classement[6] en fonction du taux d’épargne des ménages en pourcentage du PIB, la Suisse arrive 27ème sur 178 pays avec un taux de 34.9% pour 2018.

L’endettement hypothécaire étant indissociable du patrimoine immobilier, cela n’a pas échappé aux auteurs qui recommandent aux suissesses et aux suisses de devenir propriétaires. Or, en raison d’une réglementation de plus en plus exigeante, les banques n’ont pas assoupli leurs conditions d’octroi de crédits hypothécaires. Les conditions-cadres ne sont pas prêtes de s’améliorer sur ce plan-là.

Quant au dernier point, il se réfère à la possibilité de retirer une partie des ses avoirs de prévoyance pour se lancer dans une activité indépendante… ou pour acquérir un bien immobilier ! Les auteurs se contredisent donc dans leurs recommandations.

En conclusion, le système de prévoyance suisse, malgré ses défauts bien connus qui font d’ailleurs l’objet d’un énième projet de réforme, est bien meilleur que ce classement semble indiquer. Les auteurs appliquent une même méthodologie à 39 systèmes de retraite qui ont tous des spécificités locales particulières et qui les rendent in fine peu comparables…

 

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[1] Disponible ici : https://www.mercer.com.au/our-thinking/global-pension-index.html

[2] Source : OFS. En 2018, 48% des nouveaux retraité-e-s ont choisi la rente, 19% un mélange entre rente et capital, et 33% le retrait du capital.

[3] Source : IMF. Avec un pourcentage de 128.7% de dette des ménages par rapport au PIB, la Suisse est loin devant le No 2, l’Australie (120.14%) et le No 3, le Danemark (115.5%). Chiffres de 2018.

[4] Il faudra quand même prévoir d’être en mesure de réduire cette hypothèque au moment de la retraite, afin d’éviter une discussion pénible avec sa banque et des conséquences qui peuvent être très sérieuses. Mais c’est un autre sujet.

[5] https://www.statista.com/statistics/246296/savings-rate-in-percent-of-disposable-income-worldwide/

 

[6] https://www.indexmundi.com/facts/indicators/NY.GDS.TOTL.ZS/rankings. Ce classement est à prendre avec des pincettes, car les chiffres de certains pays semblent anciens ou peu plausibles.

 

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